• - Menuiserie Dubois bonjour.

    - Bonjour Monsieur, je téléphone car j'aimerais installer un nouvel escalier.

    (discussion sur les escaliers, quel bois, quelle forme, etc.)

    - Je dois dire que je vous trouve super sympa.

    - Ah merci, je suis passionné par mon travail.

    - ça vous dit qu'on oublie cette histoire d'escalier et qu'on aille boire un verre ?

    - euh comment ça ? je suis menuisier moi.

    - ah oui et c'est super, je respecte ça hein, mais je vous trouve sympa, et je trouve qu'on pourrait faire connaissance.

    - ben si je viens faire votre escalier, on va se rencontrer...

    - oui mais bon, ça on verra quand on se connait, moi j'aime bien qui vous êtes, j'ai envie de vous rencontrer.

    - oui mais vous m'avez contacté pour un escalier via ma page professionnelle...

    - oui bah on peut changer d'avis non?

     

     

    - Bonjour, je voudrais un rdv pour une thérapie brève.

    - oui très bien, quelles sont vos disponibilités ?

    - Le truc c'est que je suis psy aussi.

    - Euh ok, et alors ?

    - Ben vous pourriez me recevoir gratuitement non ?

     

     

    - Coiffure Tiffany bonjour.

    - Bonjour je voudrais un rdv pour une coupe et une couleur.

    - Oui bien sûr, quand souhaiteriez vous ce rdv ?

    - J'ai toujours rêvé d'être en couple avec une coiffeuse.

    - Euh ok mais on se connait pas.

    - Ben vous êtes coiffeuse non ?

     

     


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  • Hormones à l'ouest (du moins j'espère que c'est l'explication), voilà 5 semaines que je perds du sang de manière irrégulière. Rien, 3 gouttes et demi, ou l'équivalent d'un 3e jour de règles.

    Au début quand c'était trois gouttes et demi, j'ai tenté de faire comme si de rien n'était, en me lavant beaucoup et en priant pendant la rencontre. C'était très stressant.

    Quand c'est devenu plus abondant, j'ai dit que j'avais mes règles.

    Quand c'est redevenu plus abondant dans un délai peu conventionnel j'ai dû me résoudre à faire avec : le dire explicitement.

    - t'es dispo aujourd'hui ?

    - oui et non : je suis libre mais suite à un dérèglement hormonal j'ai des petites pertes de sang, si ça ne te pose pas de souci, bienvenue.

    Là j'ai les deux possibilités : "euh non non, ça va, on se verra quand tu iras mieux" - et là je flippe d'avoir traumatisé un client en le forçant à imaginer mon vagin dégoulinant et qu'il ne revienne plus jamais alors qu'il était cool quand même. Mais j'ai aussi pas mal de "ah non ça me dérange pas si toi ça va".

    Y a plus d'hommes qu'on ne croit qui ne hurlent pas à l'idée de sang de provenance utérine. Bonne nouvelle.

    Cela dit, comme je suis aussi carrément fatiguée (ce n'est sans doute pas sans lien), j'accepte - après avoir fait face à mes angoisses "et-si-ça-dure-tout-le-temps-je-vais-plus-pouvoir-travailler-comment-je-vais-faire?" - j'accepte donc cette période de semi-repos.


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  • Les sexfriends : la plupart connait mon job. Ceux qui ne le savent pas sont ceux que je vois plus rarement.

    Les ami-e-s : une bonne moitié est au courant, je vois plus rarement celles qui ne le sont pas. Elles sont, de plus, en couple… D’expérience, cela peut les renvoyer à leur propre relation, éventuellement une peur de l’infidélité de leur conjoint.

    La famille…

    - Ayant vécu une trop grande transparence – tout dire, tous les jours, ... – découvrir que je pouvais avoir un pan de ma vie caché, opaque, a été absolument génial et salutaire.

    - Après avoir savouré cette opacité, j’ai considéré que je prenais soin d’eux. Le bobard que j’ai construit a un fond de vrai et il donne réponse aux questions de leurs ami-e-s  sur comment leur fille subvient à ses besoins.

    Mais d’un autre côté…

    - C’est important pour moi, j’aime ce job. J’ai considéré que plus mes relations étaient profondes plus il était pertinent que je parle de cet aspect de ma vie. Dois-je considérer que ma famille fait partie des relations superficielles ?

    - J’ai du mal à faire tenir mon bobard, à parler à ce propos. J’essaie de lui donner une réalité mais ça va moins vite que prévu.

    Sauf que…

    - Comme dit M., « une vérité qui détruit ce qu’elle éclaire est-elle bonne à dire ? ».

    - Comme l’évoque K., « crois-moi famille et sexe ne font pas bon ménage… ils ne pourront pas s’empêcher d’imaginer, la vérité oui, mais pas à propos du sexe ».

    Match nul, balle au centre, je ne sais pas.


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  • Je continue la variation imaginative : nous revoilà avec la coiffeuse, un-e ébéniste, un-e boulanger-e :

     

    - Il vous arrive de vous coiffez les cheveux ?

    - Oui, tous les matins et parfois le soir aussi.

    - Toute seule ?!

    - Eh bien oui… !

    - J’aimerais vous voir vous coiffez les cheveux…

     

    - Vous aimez faire des meubles ?

    - Oui c’est mon métier…

    - Oui mais vous aimez vraiment faire des meubles ?

    - Oui j’ai choisi un métier que j’aime, ça me passionne.

    - Alors je ne devrais pas payer si vous aimez !

     

    - Vous faites parfois du pain gratuitement ?

    - Pour mes proches, oui forcément.

    - Et pourquoi ça n’est pas gratuit pour moi ?

    - Parce que vous êtes un client.

    - Je pourrais être un proche ?

     


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  • Les conflits intérieurs liés au choix du métier ne me concernent pas trop. Ça faisait déjà un bail que je considérais qu’il n’y avait aucune honte à faire ce job. J’avais même une certaine sympathie pour les personnages de prostituées dans les films et les pièces de théâtre. Elles incarnaient pour moi une liberté : celle de ne pas être mariée à une époque où c’était la norme, celle de se foutre de l’opinion des gens, celle de jouir de leur corps. Je suis bien consciente que cette vision est partielle, partiale voire édulcorée. Mais dans mon imaginaire la prostituée était une femme libre.

    Au moment de choisir ce métier j’ai néanmoins dû déconstruire une autre croyance : l’idée qu’une sexualité joyeuse et positive était forcément non professionnelle. (J'y reviendrai.)

    C’est dans les rencontres-mêmes que mon estime de soi s’est retrouvée mise au défi de rester stable installée dans un wagon sur des montagnes russes.

    D’un côté, il y a ceux qui me trouvent absolument merveilleuse, déesse du sexe et de l’amour, fée de la baise et du bien-être, sympa-belle-drôle-intelligente-et-un-volcan-au-lit, sensuelle, torride,  meilleure suceuse de tous les temps, reine des putes, etc. Certains me font l’honneur d’être amoureusement ambivalent, pour de bonnes ou de mauvaises raisons.

    De l’autre, il y a ceux qui trouvent un prétexte pour partir : « j’ai laissé mon argent dans la voiture », « dis, il y a un bancontact pas loin ? » (celle-ci pouvant également être utilisée pour tenter de se servir sans payer), ou même « oui c’est vrai, je te reconnais par rapport aux photos mais t’es pas comme j’imaginais ». L’un d’eux a eu la courtoisie d’ensuite s’excuser par sms de ne pas me trouver à son goût – on ne peut plaire à tout le monde et on a tou-te-s nos préférences. Il y a aussi ceux qui donnent le change puis qui sur le forum des consommateurs dissertent pour dire que je ne suis pas leur type de filles. Je suppose qu’ils sont venus par curiosité, pour voir qui est cette BBW qui suce si bien et qui suscite des commentaires contrastés, et pour ensuite ajouter leur grain de sel. 

    Vagabonder sur le forum m’indique que d’autres font ou ont fait l’objet d’avis contrastés.

    Tentant de se shooter aux compliments, risqué de désespérer… des hauts enivrants, des bas terrifiants… montagnes russes.

    Et là, dans ce wagon voltigeant, rester en moi-même, le plus stable possible, consciente de ma vulnérabilité, consciente que les hauts compensent les bas, consciente d’être au moins un peu dépendante de ces regards multiples. Ne pas oublier que je suis moi et que je ne leur donne pas le droit de me valider ou non. Me rappeler que j’ai une valeur intrinsèque.

    A part celles dont le physique correspond aux canons de beauté, j’imagine que toutes sont confrontées à des hommes qui vont les trouver belles ou moches, les élever ou les rabaisser. Celles qui sont en salon, alignées devant le client, doivent en plus faire face au fait de ne pas être choisie, cette fois-ci, la fois suivante, moins souvent que l’autre qui a des plus gros seins, ou la taille plus fine, ou les lèvres plus pulpeuses.

    J'ose à peine imaginer l'inconfort émotionnel si s'ajoute à cela une honte liée au choix de la profession...


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